Au début, il y avait des projets.
Un site à imaginer. Une identité à construire. Une boutique à faire vivre. Des mots, des images, des lignes de code. Des idées parfois très précises, parfois encore floues, qu’il fallait écouter, comprendre, puis peu à peu rendre visibles.
C’était le travail.
Du moins, c’est ce que je pensais.
Car derrière chaque projet, il y avait autre chose.
Il y avait un métier que je ne connaissais pas encore. Une entreprise avec son histoire. Des habitudes, des contraintes, des ambitions. Des réussites aussi. Et derrière tout cela, il y avait surtout quelqu’un.
Alors, au fil du temps, les conversations ont changé.
On continuait bien sûr à parler d’un site, d’une modification, d’une image qui ne s’affichait plus ou d’une idée à mettre en place. Mais il arrivait que l’on parle aussi de ce qui se passait autour. D’une entreprise qui grandissait. D’une période plus difficile. D’un projet qui faisait hésiter. D’une décision à prendre.
Parfois même… simplement de la vie.
Je ne sais pas exactement à quel moment un client cesse d’être seulement un client.
Peut-être n’y a-t-il pas de moment précis.
Peut-être cela arrive-t-il doucement, à force de rendez-vous, de conversations, de problèmes résolus ensemble, de nouvelles données au fil des années. À force de connaître un métier que l’on n’exerce pas, de reconnaître une voix au téléphone, de comprendre une demande avant même qu’elle soit complètement formulée.
Douze années ont passé ainsi.
Douze années à entrer, un peu, dans vos univers.
À découvrir des métiers dont j’ignorais presque tout. À regarder naître des projets, en voir certains grandir, d’autres changer de direction. À vous accompagner dans une petite partie de vos histoires professionnelles — et parfois, presque sans que l’on s’en aperçoive, un peu au-delà.
Je pourrais regarder aujourd’hui tout ce que Handcrafted a créé pendant ces années.
Les sites sont là. Les images aussi. Les projets ont laissé leurs traces.
Mais ce n’est étrangement pas ce que je retiens le plus.
Je retiens les personnes.
Les rencontres.
Les conversations qui ont duré beaucoup plus longtemps que prévu.
Les éclats de rire au milieu d’un problème qui, quelques minutes auparavant, paraissait très sérieux.
La confiance aussi. Celle qui ne se décrète pas, ne se demande pas, mais qui finit parfois par s’installer avec le temps.
Et puis vient un moment où certaines histoires peuvent simplement s’arrêter.
Non parce qu’elles ont échoué.
Non parce qu’il faudrait effacer ce qui a été construit.
Mais parce qu’elles sont arrivées là où elles devaient arriver.
Pour Handcrafted, ce moment est venu.
Après douze années, l’agence s’arrête ici.
Je pourrais chercher une manière plus compliquée de le dire. Expliquer. Justifier. Raconter ce qui vient ensuite.
Mais ce serait peut-être manquer l’essentiel.
Car au moment de refermer ces douze années, je ne ressens pas tellement le besoin de regarder ce qui se termine.
Je regarde plutôt ce qui reste.
Tous ces fragments de vies professionnelles que vous m’avez laissé approcher. Tout ce que vos métiers m’ont appris. Toutes ces conversations que je n’aurais jamais eues sans un site à créer, une question à résoudre ou un projet posé un jour sur mon bureau.
Et cette évidence, peut-être, que je n’avais pas comprise en octobre 2014.
Je pensais créer une agence.
Je ne savais pas encore tout ce qu’elle me permettrait de rencontrer.
Alors, pour les projets, bien sûr.
Mais, bien plus encore, pour les personnes qui étaient derrière eux…
Merci.